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La mouche méditerranéenne des fruits ou cératite
Ceratitis (Ceratitis) capitata (Wiedemann)(Diptera : Tephritidae)
Nom commun français: mouche méditerranéenne des fruits; Nom anglais: the Mediterranean Fruit Fly.


     
photo 1
Répartition géographique; plantes-hôtes
D’origine africaine, l’espèce s’est répandue dans de très nombreux pays du monde (nombreux pays d’Afrique, d’Amérique centrale et du Sud, du Bassin Méditerranéen, Australie, Hawaii,...).Elle est également présente dans diverses îles de l’Océan Indien (Réunion, Maurice, Mayotte, Seychelles).Contrairement aux Mascareignes, où la cératite est dominée dans la compétition interspécifique par d’autres espèces, elle constitue aux Seychelles et à Mayotte la seule espèce nuisible aux cultures fruitières.
L’espèce est particulièrement polyphage, puisque sa gamme connue de plantes-hôtes comprend plus de 250 espèces végétales. De nombreuses espèces fruitières cultivées peuvent donc être victimes de ses attaques (agrumes, manguier, pêcher, goyave, goyavier de Chine, bibassier, annones, avocatier, figuier, kaki, abricotier, pommier, poirier, prunier, vigne...), mais également certaines cultures maraîchères (piment, poivron) et le caféier. En outre, de nombreuses espèces sauvages appartenant à diverses familles peuvent constituer des réservoirs de multiplication.

Taxonomie et description :

C. capitata appartient à la famille des Tephritidae, qui compte dans le monde environ 4000 espèces dont 250 sont d’importance économique. L’espèce est classée dans la sous-famille des Dacinae et la tribu des Ceratitini.

Comme chez bon nombre d’espèces de la famille, les adultes ont des ailes transparentes présentant des bandes de couleur jaune-orange. La dernière partie du thorax (scutellum) est pourvue de dessins qui peuvent aider à la distinguer de certaines espèces voisines. Chez C. capitata, le scutellum est noir, et muni à sa partie antérieure d’une bande transversale sinueuse de couleur jaunâtre. L’abdomen, brun-jaunâtre avec des bandes transversales grises, se termine chez la femelle par un oviscapte pointu qui lui permet d’insérer ses œufs dans les fruits. La tête du mâle porte des soies orbitales noires très caractéristiques (photo 1).

Les œufs, blancs et allongés, sont légèrement arqués et longs d’environ 1 mm. La larve, de couleur blanchâtre, est un asticot typique: 
photo 2
la partie antérieure effilée est munie de crochets buccaux noirâtres, alors que la partie postérieure est tronquée (photo 2). En fin de 3ème stade larvaire, elle mesure 7-9 mm. La pupe, brun-foncé, a une forme de tonnelet et une longueur de 4-5 mm.

Biologie et dégâts :

Les adultes récemment émergés se nourrissent de substances sucrées (miellats d’homoptères) présentes sur les arbres fruitiers. Les femelles ont en outre besoin de protéines afin de réaliser leur maturation sexuelle, dont la durée est assez courte (4 à 10 jours). Les mâles se rassemblent en groupe (leks) sur les plantes, où ils émettent ensemble une phéromone sexuelle attirant les femelles. Peu après l’accouplement débute la ponte, qui est fortement influencée par l’intensité lumineuse, et a lieu de préférence dans une zone ombragée. A l’aide de leur oviscapte pointu, les femelles déposent leurs œufs sous l’épiderme du fruit-hôte, à 2-5 mm de profondeur, par petits paquets dont la taille (3 à 7 œufs) varie avec celle du fruit-hôte. Elles profitent parfois d’une blessure de l’épiderme ou du trou de ponte d’une autre femelle. Après la ponte, la femelle dépose autour du point de piqûre une phéromone de marquage. La fécondité totale est d’environ 400-600 œufs en conditions favorables.

Les œufs éclosent après 2 à 5 jours. Les larves s’enfoncent alors dans la pulpe du fruit, où le cycle larvaire, qui comprend trois stades, dure de 9 à 15 jours. En fin de développement, les asticots quittent le fruit d’une brusque détente pour s’enfoncer à faible profondeur dans le sol, où s’effectue la nymphose. Celle-ci présente une durée variable selon les conditions climatiques (en Europe, 10-11 jours en été, et 18-20 jours en automne). 
photo 3
En conditions de température favorables,  le cycle de développement complet dure une quinzaine  à une vingtaine  de jours (respectivement à 32 et 26 °C). Le seuil de développement se situe à 14 °C. Le nombre de générations annuelles varie en fonction des conditions climatiques.
La dynamique des populations est fortement influencée par les facteurs climatiques, la disponibilité des fruits-hôtes et les facteurs biotiques de mortalité. Dans les zones de basse altitude des îles de l’Océan Indien, l’espèce rencontre aux différentes périodes de l’année des conditions climatiques favorables. Il est probable que le manguier (Mangifera indica L.), la goyave (Psidium guayava L.), largement répandue dans les îles, jouent un rôle important dans la multiplication des populations. En outre, diverses plantes spontanées favorisent la multiplication de la cératite : le badamier (Terminalia cattappa L.) et, dans une moindre mesure, le café (Coffea spp.).

Les fruits attaqués présentent généralement une zone de décoloration. Celle-ci évolue ensuite en une tache de pourriture au fur et à mesure du développement des asticots et de l’infection secondaire de la blessure par différents pathogènes (photo 3). L’attaque se traduit souvent par le mûrissement précoce puis la chute du fruit.

Recommandations en matière de lutte :
A La Réunion, la méthode de lutte raisonnée, efficace sur agrumes et manguiers, apparaît bien adaptée. Elle associe le piégeage sexuel, pour la surveillance des populations de mâles et des traitements par taches à l’aided’un mélange attractif alimentaire (hydrolysat de protéine) et insecticide. Cette technique permet une réduction des volumes employés et des quantités d’insecticides répandus, un gain de temps, un moindre coût, ainsi qu’un moindre impact sur la faune auxiliaire.
 
photo 4
On dispose d’un attractif sexuel de synthèse, spécifique des mâles de certaines espèces de Ceratitis (dont C. capitata et C. rosa) : le trimedlure. Le système de piégeage expérimenté à La Réunion pour la surveillance des populations de Ceratitis spp. peut être adopté (piège «Addis / CIRAD» + diffuseur «Magnet»(Agrisense) de trimedlure + plaquette de DDVP).
 Le modèle de piège utilisé est une simple boîte de plastique (l l), munie de 4 ouvertures latérales pour l’entrée des mouches, et d’un panier pour disposer l’attractif (photo 4). La durée d’action du diffuseur est de deux mois, et celle de la plaquette insecticide (DDVP) d’un mois. On installe 3 pièges / hectare, relevés chaque semaine et l’on déclenche les traitements par taches lorsque le seuil d’intervention de 25 mouches / piège / semaine est atteint.

Pour ces derniers, on réalise un mélange attractif-insecticide, selon les doses (pour 100 l d’eau) :
- 2 l de Buminal (hydrolysat de protéine) + 275 g de fenthion (p. ex. : 0,5 l de Lebaycid liquide) ou 500 g de malathion (p. ex. : 1 l de Callimal 50 ou Malyphos 50EL ou Malaton 50EC))

Le mélange est pulvérisé sur un arbre sur deux, à raison d’environ 0,2 l par arbre traité. En cas de forte attaque, on peut augmenter le nombre de taches en traitant chaque arbre, ou avoir recours à un traitement en plein à l’aide d’insecticides homologués (malathion, fenthion, trichlorfon, formothion).

La lutte biologique peut contribuer à limiter les populations de mouches dans les zones-réservoirs où aucun traitement n’est effectué. 
Des mesures prophylactiques (destruction et enfouissement des fruits tombés, élimination des plantes hôtes réservoirs à proximité des vergers) sont en outre recommandées en vue d’une lutte raisonnée efficace contre cette espèce. 
Il importe d’être particulièrement vigilant pour éviter l’introduction accidentelle dans les îles de la Région d’autres espèces qui y sont absentes. Il convient notamment de surveiller Ceratitis malagassa Munro, endémique de Madagascar, Bactrocera (Bactrocera) zonata (Saunders), espèce asiatique introduite il y a une dizaine d’années à Maurice où elle est devenue dominante, et Ceratitis (Pterandrus) rosa Karsch, dominante à la Réunion et en Afrique du Sud.

CIRAD, 1999
S. Quilici

Légende des photos :
 
- PHOTO 1 Mâle adulte de C. capitata (photo : D.Vincenot, SUAD/CIRAD)
- PHOTO 2 : Larves dans un fruit (photo : D. Vincenot, SUAD/CIRAD)
- PHOTO 3 Piqûres de C. capitata sur orange (photo : S.Quilici, CIRAD) (photo J.F. Vayssières CIRAD)
- PHOTO 4 Un piège à attractif sexuel pour étudier les populations de mâles (photo : D.Vincenot, SUAD/CIRAD)

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